Troubles de la déglutition : mieux comprendre et adapter l’alimentation au quotidien (IDDSI)
- Clémence Lepetit
- 6 janv.
- 4 min de lecture
Les troubles de la déglutition, également appelés dysphagies, concernent les difficultés à avaler correctement les aliments solides, les liquides, ou les deux. Ils peuvent être présents de façon transitoire ou chronique, notamment chez les personnes âgées ou atteintes de certaines pathologies.
Contrairement aux situations de fausse route aiguë, qui relèvent parfois de l’urgence, les troubles de la déglutition s’inscrivent le plus souvent dans le quotidien des repas. Ils nécessitent alors des adaptations alimentaires durables afin de manger et boire en toute sécurité.
Qu’est-ce que la déglutition ?
La déglutition est un mécanisme complexe qui permet le passage des aliments et des liquides de la bouche vers l’estomac. Elle fait intervenir plusieurs structures (langue, pharynx, larynx, œsophage) et nécessite une coordination fine.
Avec l’âge ou certaines pathologies (AVC, maladies neurodégénératives, troubles neurologiques, sarcopénie…), ce mécanisme peut être altéré. Les aliments peuvent alors mal s’orienter, augmentant le risque de pénétration dans les voies respiratoires.
Comment se manifestent les troubles de la déglutition au quotidien ?
Les troubles de la déglutition ne se traduisent pas toujours par un étouffement visible. Ils peuvent être discrets, progressifs et parfois confondus avec une simple perte d’appétit.
Vous pouvez être attentif(ve) à certains signes comme :
Une fatigue importante pendant les repas
Une augmentation du temps nécessaire pour manger ou boire
Une appréhension à boire de l’eau ou certains liquides
Une modification progressive des habitudes alimentaires
Une hydratation insuffisante par peur de « mal avaler »
Ces situations peuvent conduire, à terme, à une dénutrition ou une déshydratation, même en l’absence de fausses routes bruyantes.
Adapter les textures : un levier clé pour manger et boire en sécurité
Lorsque la déglutition est moins efficace, certaines textures deviennent plus difficiles à maîtriser. L’objectif des textures modifiées n’est pas uniquement d’éviter les fausses routes, mais aussi de :
Faciliter le passage des aliments et des boissons
Réduire l’effort nécessaire pour avaler
Maintenir des apports nutritionnels suffisants
Redonner confiance au moment des repas
Une adaptation bien ciblée permet souvent d’éviter une restriction alimentaire excessive et de préserver le plaisir de manger.
La classification IDDSI : un cadre international de référence
La classification IDDSI (International Dysphagia Diet Standardisation Initiative) propose un langage commun pour décrire les textures des liquides et des solides. Elle facilite la communication entre les professionnels de santé, les équipes de restauration, les aidants et les patients.

Adaptation des liquides (niveaux 0 à 4)
Les liquides sont souvent les plus difficiles à contrôler pour les patients dysphagiques, car ils s’écoulent rapidement.
Niveau 0 : liquide fluide (eau, café, thé)
Niveau 1 : légèrement épaissi
Niveau 2 : épaissi type nectar
Niveau 3 : épaissi type miel
Niveau 4 : très épais, texture proche d’un gel
Chez certains patients présentant des troubles de la déglutition aux liquides, il peut être pertinent de proposer :
Des liquides épaissis, permettant un meilleur contrôle en bouche et un passage plus sécurisé
De l’eau gazeuse, qui peut améliorer la perception sensorielle et faciliter le déclenchement du réflexe de déglutition chez certains patients (selon avis spécialisé)
De l’eau fraîche ou légèrement citronnée, dont la stimulation thermique et gustative peut favoriser une meilleure prise en bouche et un déclenchement plus efficace de la déglutition chez certaines personnes
Ces adaptations doivent toujours être individualisées, testées avec prudence et réévaluées régulièrement.
Adaptation des solides (niveaux 3 à 7)
Pour les aliments solides, la classification IDDSI propose une progression de textures :
Niveau 3 : texture très tendre, facilement écrasable à la langue
Niveau 4 : purée lisse et homogène, sans morceaux
Niveau 5 : aliments hachés et lubrifiés, en petits morceaux
Niveau 6 : morceaux tendres, de taille adaptée
Niveau 7 : alimentation normale
L’objectif n’est pas de restreindre inutilement, mais d’adapter au plus juste en fonction des capacités observées, afin de préserver l’autonomie et le plaisir de manger.

Individualiser la prise en charge nutritionnelle
Chaque patient présente un profil de déglutition unique. Certains peuvent rencontrer des difficultés uniquement avec les liquides, d’autres avec les solides, ou avec certaines textures spécifiques.
Il est donc essentiel de :
Adapter les textures au cas par cas
Éviter une modification excessive qui pourrait réduire les apports
Varier les aliments et les préparations
Respecter les préférences alimentaires lorsque cela est possible
Veiller à une installation correcte et un environnement calme lors des repas
Quand orienter vers un professionnel spécialisé ?
En cas de doute sur la sécurité de la déglutition, il est indispensable d’orienter le patient vers :
Un(e) orthophoniste spécialisé(e) dans les troubles de la déglutition, pour réaliser un bilan clinique et proposer des recommandations adaptées
Un médecin, qui pourra prescrire des examens complémentaires si nécessaire
Un bilan de la déglutition permet de confirmer le diagnostic, d’éviter des restrictions alimentaires injustifiées et d’adapter les textures de façon sécurisée et évolutive.
En conclusion
Les troubles de la déglutition nécessitent une attention particulière, car ils peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, l’hydratation et la qualité de vie. L’adaptation des textures des aliments et des boissons, en s’appuyant sur la classification IDDSI, permet de sécuriser les repas tout en limitant les risques de fausses routes.
Toutefois, ces adaptations ne doivent jamais être mises en place au hasard. En cas de difficultés à avaler, il est indispensable de réaliser un bilan de la déglutition auprès d’un(e) orthophoniste spécialisé(e) et/ou d’un médecin, afin d’identifier précisément les textures les plus adaptées à chaque situation.
Une fois ce bilan réalisé et les textures définies, il est tout à fait possible – et recommandé – de consulter une diététicienne.
Celle-ci pourra vous accompagner pour adapter concrètement l’alimentation (textures modifiées, liquides épaissis, enrichissement des repas) tout en veillant à couvrir les besoins nutritionnels et hydriques du patient, prévenir la dénutrition et préserver autant que possible le plaisir de manger.
Clémence Lepetit, Diététicienne, D.E
.png)



Commentaires